L'aube commence à poindre lorsque Aurore s'éveille. Elle est seule, maintenant, dans son lit alors qu'elle y a passé une nuit très agitée avec Gaël et Bernard.
Elle s'étire prudemment, comme une chatte au réveil, en essayant de faire jouer ses vertèbres et autres articulations, par un savant travail sur les différents muscles qu'elle a appris à mobiliser aux cours de yoga.
Son corps, qui a été sollicité dans des positions plus ou moins acrobatiques sur les instances de son partenaire d'un soir, est, par endroits, endolori. Rien de grave, cependant. Non !
En passant sa main sur son ventre plat et sur son pubis et son sexe épilés, les réminiscences de ses nombreux orgasmes la font sourire et un bien-être sexuel indéniable, mais qui était jusque-là ensommeillé, surgit à nouveau et lui semble très gratifiant.
Elle s'assied sur le bord du lit et jette un œil par la fenêtre : beau temps matinal ; l'océan, calme, juste avant le lever du soleil, paraît sombre, presque noir, intense.
Elle se lève, s'en va aux toilettes, se vide la vessie en un jet bruyant et jubilatoire, avant de s'examiner, à la salle de bain, entre les deux grands miroirs jumeaux placé en vis-à-vis.
Elle peut s'y observer, en tout points, avec, ne le cachons pas, une complaisance certaine, et aussi avec une certaine concupiscence.
À part quelques marques de suçons, vestiges tenaces de la folle nuit d'amour, elle n'est pas mécontente de son examen : deux nichons oblongs, bruns aux aréoles mauves, que leur poids respectable incline un peu vers le bas, malgré la fermeté de ces honnêtes attributs.
Bien des femmes de son âge aimeraient avoir encore à exhiber une avant-scène aussi bien garnie.
Les grandes lèvres épaisses de sa vulve sont encore gonflées d'avoir tellement baisé. La corolle de ses nymphes, elle aussi gorgée de sang, reste bien étalée. Et sa couleur joyeusement écarlate souligne nettement le marron clair de sa peau de métisse.
Elle presse de son index son clitoris et le sent réagir. Rassurée elle n'insiste pas : l'heure n'est pas aux plaisirs solitaires auxquels elle n'a recours qu'en cas de solitude, justement.
Les fesses et le dos, qui furent si bien fouettés, ne conservent des lanières de cuir que des traces insignifiantes, grâce au drap de bain humide qu'elle a eu la prudence de faire étendre sur elle.
Aurore n'est pas masochiste, oh que non !, mais elle reconnaît de plus en plus que la fessée à main nue et le fouet, sont des pratiques qui, parmi les autres préliminaires, la préparent à l'extase. Il lui arrive même d'atteindre l'orgasme par ces seuls moyens-la.
Bernard y est passé maître. Aurore a 40 ans et lui 55. Depuis 20 ans, ils vivent en couple un immense amour. Il est peintre et elle travaille dans le graphisme pour le compte d'un grand éditeur
parisien. Il arrive à Bernard de travailler avec elle lorsqu'il est chargé de l'illustration d'un ouvrage ; par exemple, d'un recueil de poèmes sensuels et même un tantinet érotiques, comme c'est
en ce moment le cas.
L'avantage de ce travail, c'est qu'elle ne doit aller à Paris que de façon épisodique. Son activité ne nécessite qu'un ordinateur performant et une bonne liaison Internet. Pour l'instant ils sont en Bretagne, dans une maison qu'ils louent à Tréguennec, d'où ils dominent la superbe baie d'Audierne. Fin mai, avant que les flots de vacanciers ne déferlent, ils se retireront en Haute Provence, où ils possèdent une modeste maison de campagne ; ils y passent toujours, selon le mode de vie rustique qu'ils affectionnent, l'été et une partie de l'automne.
Ce couple d'artistes est indissoluble. Malgré la grave maladie de Bernard qui, sans avoir fait fléchir sa
sexualité, en fait toutefois un partenaire qui laisse Aurore insatisfaite. Car l'intervention urologique qu'il a dû subir, nécessaire pour le traitement de son cancer, a rendu Bernard incapable
d'éjaculer, si ce n'est à rebours, vers la vessie. Bien sûr il bande et peut la pénétrer, et même ainsi la faire jouir, mais cette éjaculation
" rentrée " est pour lui, la plupart du temps très douloureuse, sauf lorsqu'elle est causée par un tendre et lent massage des mains et de la bouche d'Aurore.
En retour, Bernard, par ses diverses caresses amène Aurore à la jouissance. Mais, cela ne satisfait que de façon très imparfaite sa libido exigeante.
Alors, un jour, Bernard a pris une décision sûrement douloureuse—car jusqu'alors leur union avait été sans partage—, mais qu'il assume maintenant sans regret. Il invite des amis en qui il a confiance, qui connaissent la situation du couple, et tenant Aurore pour une femme digne de l'amour de Bernard, acceptent de l'honorer.
Oh, ils ne sont pas nombreux : deux en Bretagne, peut-être aussi deux autres en Provence !
Gaël est de ceux-là. Il est peintre, lui aussi, installé à Pont-Aven. Célibataire, il est secrètement amoureux d'Aurore, ce qui lui facilite bien la chose, car jamais, il n'aurait tenté de la séduire dans le dos de son ami connu dans un atelier d'apprentissage parisien. Ils vont chez l'un ou chez l'autre, par le fait en voisins. Hier, c'était à Tregennec, chez Aurore et Bernard.
Elle repense, dans son bain à la soirée d'hier. Après le repas, elle est allée se préparer. Gardant ses sous-vêtements affriolants que Bernard et Gaël adorent, elle passe juste une vaporeuse et large robe chasuble qui couvre à peine le haut de ses bas. Les deux hommes, comme d'habitude, sont assis sur le canapé et sirotent le vieux calva qu'elle leur a servi.
Elle s'assied sur les genoux de Bernard qui aussitôt glisse une main entre ses cuisses et titille son kiki en se faufilant sous sa culotte. Bien vite elle mouille et sent durcir le sexe de Bernard. Celui de Gaël aussi qu'elle flattait de la main. Elle fait se dévêtir les deux hommes ; elle-même enlève sa culotte, et se mettant aux genoux de Bernard caresse et suce lentement sa hampe durcie jusqu'à ce qu'il gémisse de plaisir. Puis, se mettant à califourchon sur Gaël, elle s'empale et maîtrisant l'excitation de son partenaire, gave délicieusement son calice de sa puissante giclée.
Plus tard ils se retrouvent tous trois dans la chambre où elle subit le somptueux supplice du fouet puis à plusieurs reprises les brillants assauts de Gaël.
Aurore, toilette faite, descend prendre son déjeuner : Bernard a tout préparé. Ensuite elle court le rejoindre dans son atelier, installé dans un cabanon bien éclairé, à 100 mètres de la maison, au bout du pré, face à l'océan.
Ils s'embrassent comme deux amoureux, longuement, à pleine bouche, langue contre langue.
Bernard s'enquiert : "As-tu bien dormi ? Bien baisé aussi ? J'ai eu l'impression que Gaël était en forme hier
soir, non ?
—Oui mon chéri, j'ai bien dormi, j'ai bien baisé, oui, il était très bien, comme tu as vu.
—Oh, ma douce, je ne suis pas resté avec vous tout le temps à tenir la chandelle, tu le sais bien.
—Oui, je le sais, mais tu as été là un bon moment : c'est toi d'ailleurs qui m'a fouettée.
—C'est vrai, j'aime te faire jouir ainsi, et je n'ai pas envie que ces baiseurs t'esquintent.
—Gaël ne peut me faire du mal, mai j'aime que ce plaisir vienne de toi ! Il est déjà parti ?
—Mais oui, il avait un rendez-vous important ce matin pour préparer une exposition. Es-tu encore en manque ? Veux-tu que nous invitions Jordan ?
—Non, rien ne presse, j'ai eu de la chance cette nuit. J'attendrai bien que tu demandes à Gaël de revenir. Vous vous entendez bien tous les deux pour m'envoyer en l'air. Et toi, avec lui, tu es
en confiance.
—En effet, sais-tu pourquoi ?
—Oui, chéri, parce qu'il m'aime bien.
—Parce qu'il t'aime, tout simplement. Au moins, quand je te quitterais, je sais que tu seras en bonnes mains.
—Ne dis donc pas de bêtises, tu sais que ce cancer est à évolution lente.
—Je dis ce que je pense. Je sais que je ne ferai pas de vieux os."
Lorsque le TGV arriva à Roissy, il était près de huit heures. Un taxi la déposa à l'hôtel un quart d'heure plus tard. Elle se dirigea vers l'accueil: "Vous devez avoir une chambre retenue pour
moi:je suis Ellen Crawford.
—En effet, Madame Crawford, retenue et payée. C'est la 580.
—Me sera-t-il possible de dîner?
—Certainement Madame, mais, si je peux me permettre, attendez vingt à trente minutes car maintenant c'est un peu la bousculade.
—Merci du conseil, Monsieur, je vais aller me rafraîchir et je redescendrai plus tard."
Ellen, qui depuis le matin n'avait pas beaucoup eu le temps de se reprendre, se déshabilla en un instant, prit une douche revigorante, savonna, rinça et mit à sécher ses sous-vêtements de la journée.
Elle s'examina ensuite avec complaisance : malgré ses quarante-deux ans, son corps se tenait bien. Elle soupesa ses beaux seins en forme d'obus, lourds mais à peine tombant, caressa sa toison sombre, glissa un doigt sur les lèvres de sa chatte, non sans un léger frisson, et examina son visage à la recherche de comédons ou de poils disgracieux. Elle se sentait prête pour une aventure.
Puis elle sortit de sa valise un porte-jarretelles, des bas noirs et une robe claire, gris bleu, infroissable, qu'elle emportait toujours en voyage pour avoir l'air habillé, en soirée. Elle ne jugea pas indispensable de remettre un slip ni un soutien-gorge. Sa robe de jersey, doublée, suffisait. Même ses seins libres de toute entrave se trouvaient à l'aise, à peine cachés par le corsage ouvert de l'élégant vêtement.
À neuf heures Ellen se présenta au restaurant. Elle attendit au bar, avec un martini, qu'une table se libère.
Un jeune homme qui buvait un scotch fut manifestement allumé par la présence d'Ellen. Bien qu'elle eût sans doute près de vingt ans de plus que lui, elle était, il est vrai, très attirante.
Son doux visage mat, encadré d'une belle chevelure auburn, ne passait pas inaperçu, sans doute en raison de ses yeux très clairs, lumineux, profondément sensuels; son corps mince, élancé, sa poitrine bien proportionnée et assez mal dissimulée par le vaste décolleté en V de sa robe bleu clair assorti à la couleur rare de ses yeux gris.
Lui, blond, bien bâti, sans une ombre d'embonpoint, était, selon elle, séduisant. Le genre d'hommes qui lui plaisait ! Mais en beaucoup plus jeune que ceux qu'elle fréquentait occasionnellement, surtout en voyage, au hasard des rencontres.
Un maître d'hôtel s'approcha: "Madame, Monsieur, votre table est libre."
Avant qu'Ellen ait pu répondre, le jeune homme lui offrant le bras, l'entraîna dans la salle où on les plaça en angle à une petite table ronde.
"J'espère que je ne suis pas trop importun : j'ai pensé que c'était une occasion à ne pas perdre pour vous faire gagner du temps.
—Si je peux me permettre, Monsieur...
—Julien Mallard...
—...vous ne manquez pas d‘air, Monsieur Mallard.
—Je désirais vraiment vous inviter, Madame...
—Ellen Crawford...
—Sans oser le faire, Madame Crawford. J'ai simplement su saisir...
—de main de maître ...
—la possibilité que ce maître d'hôtel, en effet, m'a offerte.
—Chapeau, Monsieur, chapeau !
—Ainsi donc, vous acceptez ?
—D'après vous, puis-je faire autrement sans me ridiculiser? Appelez-moi Ellen. Vous êtes adorable, Julien, mais c'est inutile de m'inviter, je suis en voyage professionnel et mes dépenses sont
prises en charge par mon employeur."
Ils firent leur choix. Julien prit un verre de vin, tandis qu'Ellen se contenta d'eau, car, dit-elle, elle a dû boire un peu plus de vin que d'habitude, pendant son voyage.
"Puis-je vous demander dans quelle branche vous travaillez ?
—Oui, bien sûr ! Je prospecte les vignobles français, pour le compte d'un importateur américain. Je suis moi-même américaine. Je termine un tour qui m'a fait passer par Beaune, Saumur, Bordeaux
et Châteuneuf-du-Pape, d'où j'arrive. Et demain matin, je reprends l'avion pour Boston. Et vous-même Julien ?
—J'ai fait des études d'ingénierie, et je pars en Finlande pour le compte d'Areva travailler à la construction d'une centrale nucléaire."
À la fin du repas, cuisse contre cuisse, ils se trouvaient, en bonne intelligence et très à l'aise. Julien s'enhardit, posa sa main au creux du giron de sa compagne, en lui disant : "Ellen, voulez-vous faire l'amour avec moi ?"
Elle feignit d'être fâchée, et retira sa main. "Comme vous y allez, Julien, à la hussarde! Vous êtes un vrai gamin : rendez-vous compte, je pourrais être votre mère !
—je m'en rends très bien compte, Ellen. J'aime coucher avec les femmes qui ont l'âge de ma mère...peut-être parce que j'ai toujours rêver de coucher avec elle ! Vous êtes superbe, et j'ai très
très envie de vous, vous êtes bandante."
Ils sortirent de table. Dans l'ascenseur, elle lui prit une main qu'elle glissa dans son décolleté. Julien faillit défaillir en saisissant délicatement l'un de ses seins.
Au cinquième, elle sortit en lui disant : "chambre 580. Va faire ta toilette et viens vite me retrouver, je suis en manque."
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