"Que suis-je venue faire en ce lieu ? Pourquoi cette annonce sur le net a-t-elle retenue mon attention ? Faut-il que ma vie me soit devenue si insupportable pour que j'aie osé franchir cette sorte d'interdit qui m'empêcha jusqu'alors, jusqu'à ce que je me trouve face à ce médecin inconnu, de me déclarer frigide alors que je ne suis pas assez niaise pour ignorer que ce sont mes rapports avec Michel qui me laissent meurtrie, écœurée, insatisfaite ? Qui me laissent en manque ?
"Je sais, depuis que Brigitte m'embrassa, un soir, et me caressa la poitrine, que je serais plus heureuse entre les bras d'une douce femme. Les assauts indélicats, grossiers, et pire, même, brutaux !, de cet homme que j'ai cru aimer, sont aux antipodes de ce que j'espérais trouver dans le mariage. Michel, mon mari, qui prétend me chérir, mais ne sait pas me caresser, ne sait pas me faire jouir, et s'en fout complètement !
"Tout en me trompant, sans même s'en cacher, avec la première femme qui passe à sa portée et se laisse faire ?
"Bien sûr, ce Docteur Vauquer à raison, il faut que je le quitte, il faut que je me sépare de lui. Mais, il faut, pour cela que je me rende indépendante, que je trouve un travail. Sinon j'aurai les parents contre moi. Les miens, et les siens !
"Zoé a compris tout de suite ce qu'il se passait. Sans doute qu'elle a compris aussi que je n'étais pas libre de choisir—ou incapable de me décider, de laisser tomber Michel pour aller vers un autre partenaire—sinon, m'aurait-elle suggéré d'utiliser un gode ? Ou un de ces merveilleux jouets modernes que j'avais déjà vus sur le net et que cette Thuy m'a fait essayer, et même, m'a prêtés!
"Quel plaisir aussi j ‘ai eu entre les mains de cette superbe noire, Rama, et de Caroline, la Vahiné ! Ce qui veut peut-être bien dire, en effet, que j'aurais plus de chance avec les femmes,
qu'avec les hommes."
Ainsi s'émeut Fanny en sortant de cette après-midi mémorable à l ‘École du bien-être, encore sous l'emprise des essais effectués avec Thuy. Sur son petit nuage, en cheminant vers l'arrêt du bus qui la rapprocherait de chez elle, elle se heurte à Marie Carroy. Marie, une fille avec qui elle est à la fac. Toutes les deux sont en licence de Langues Étrangères Appliquées. Sans être des amies, elles sont bonnes camarades, et se parlent volontiers.
"Bonjour Fanny !
—Oh, bonjour Marie.
—Tu n'as pas l'air très bien, qu'est-ce qu'il t'arrive ?
—Si, si, je suis très bien ; j'étais seulement dans la lune. Je sors d'une séance un peu spéciale de mise en forme. C'est aussi là que tu vas ?
—Où ça, là ?
—À l'École du bien-être, juste derrière moi. J'en sors.
—En fait, c'est là que j'habite maintenant avec Céline, mon amie, Tu vois bien de qui je parle, non ? Nous habitons Villa Lesbos, la grande maison derrière les arbres, dans le jardin où se trouve
le pavillon d'où tu viens.
—Tu connais cet institut tout nouveau dont j'ai eu connaissance par Internet?
—Oui, ce sont mes amies qui l'ont fondé, autour d'un médecin sexologue, Zoé Vauquer. Tu as des problèmes ?
—Oh, rien de grave, j'étais venu consulter cette femme oui, mais finalement, tout va bien, merci.
—Pourtant, tu avais l'air complètement à l'ouest, tout à l'heure...
—Oh, je l'étais, oui. C'est simplement que j'ai commencé un programme un peu spécial, des massages ... et j'en étais encore tout étourdie.
—Ne t'en vas pas comme ça : viens prendre un thé ou ce que tu voudras avec moi."
Fanny et Marie gagnent ensemble la Villa. Marie entraîne Fanny à la cuisine, pour préparer et prendre le thé. Rama et Caro y sont en train de boire aussi en grignotant quelques biscuits.
Rama s'étonne de voir Fanny avec Marie. "Vous vous connaissez donc ?
—Mais oui, nous faisons les mêmes études. Tu vois Rama comme le monde est petit : j'ai rencontré Fanny dans la rue. Et je l'amène pour se remettre : c'est toi et Caro qui l'ont mis dans cet
état.
—Quel état ?
—Elle semblait, tout à l'heure, marcher un peu dans le vague...
—C'est vrai que nous lui avons fait un massage, mais après nous, c'est Thuy qui l'a prise en main. Il y a déjà un bon moment."
Fanny monte ensuite avec Marie, dans sa chambre. Un élan soudain les rapproche. Marie prend Fanny dans ses bras et l'embrasse. Un tout petit baiser, mais Fanny la retient et leurs lèvres se cherchent, se trouvent, se retiennent, plus goulûment.
Elles passent un moment, enlacées, sur le lit de Marie. Puis, Fanny, soudain gênée, dit : "excuse-moi, Marie, je ne voulais pas m'imposer. Qu'est-ce qu'il me prend ?
—Tu n'as pas à t'excuser, Fanny ; d'ailleurs, c'est moi qui ai commencé, je te sentais mal à l'aise. Et puis, c'est tout naturel, il n'y a pas de mal à ça. Et je vais t'avouer : j'y ai pris
plaisir !
—Vraiment? Moi aussi ! Et c'est la première fois que j'ai envie d'embrasser une fille.
—Oh, vraiment? Ton baiser, pourtant, était, comment dire ?, très convaincant !
—Oh, Marie, j'ai dit la première fois. Non, c'est la deuxième, en fait. La première, c'était il y a une heure, c'est Rama, ton amie, que j'ai embrassée.
—Alors, ça ne m'étonne pas ! Après un massage par Rama, et sans doute aussi avec Caro ?
—Oui, en effet...
—Dans ce cas, je comprends pourquoi je t'ai trouvée dans cet état. Et pourquoi tu as eu envie de m'embrasser. Le veux-tu encore ?
—Oui, je le veux encore."
Et pour la première fois Fanny fit l'amour avec une femme, se livrant sans vergogne aux mains expertes de Marie.
Ce fut pour elle, le début d'une fréquentation assidue à la fois de l'École de la Villa Lesbos et de ses habitantes avec qui elle noua très vite des relations étroites. Avec leur accord, trois mois plus tard, elle décidera de quitter Michel, et trouvera, grâce à sa connaissance de l'Anglais et de l'Allemand, un travail temporaire lui permettant de s'installer dans la dernière chambre libre de la Villa Lesbos.
000
Le septuor de Montpellier était donc appelé à devenir un octuor, c'est-à-dire, pour ce qui est de faire de la musique, l'assemblage de deux quatuors. Le week-end de rêve dans un château du Périgord aura donc eu comme conséquence, en peu de temps, de doubler les effectifs de la tribade de la Villa Lesbos.
Mais surtout, d'après un ami mathématicien, dans un octuor, on peut, pour les parties fines, composer vingt-huit couples et cinquante-six trios différents ! Ce qui en ouvrent des perspectives !
Estelle ayant de plus en plus de succès auprès des nombreux étrangers (Anglais et Néerlandais notamment) qui viennent acquérir de vieilles demeures dans les Cévennes ainsi que dans l'Escandorgue et la Montagne Noire, eut, de ce fait, de plus en plus souvent recours au truchement de Fanny pour conclure ses affaires avec eux.
Et pour elle, de plus en plus d'affection...
La belle unité qui était la marque du quatuor de départ n'allait-elle pas quelque peu s ‘altérer? Sans doute, oui ! Mais les succès de l'École du bien-être pourraient facilement permettre de palier les (rares ?) défections qui ne manqueraient pas de se produire. En outre, de grands projets d'aménagements complémentaires (piscine, hammam, jacuzzi) étaient déjà à l'étude pour faire une école du bien-être très attractive et performante...
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