Texte Libre

Mercredi 25 février 2009

Avec Célia, ce fut le bonheur fou, pendant douze ans.

Ensuite, j'ai erré quelque temps, sans manquer de sexe, mais en manquant d'amour. Puis, par le plus heureux des hasards j'ai rencontré Caty (http://www.roomantic.fr/...).

Elle m'a dit vers la fin du week-end magique de notre rencontre : “ça t'arrive souvent, ce coup de folie, ce désir brutal et urgent de t'unir à une femme ? Et cette tendresse, cette chaleur, qui les accompagnent ; ce doux plaisir qui en résulte. “

“ Non ma chérie, ça ne m'est arrivé que deux fois : le jour de mes dix-huit ans, lorsque Célia et moi nous nous sommes découvertes. Et hier, lorsque c'est toi que j'ai rencontrée, et j'espère que cela va durer au moins autant de temps.“

“Tu ne m'a pas encore parlé de Célia ; pourquoi êtes-vous séparées ? Et il n'y a pas eu, dans ta vie, d'autres femmes que Célia ?“

“Non je n'ai pas connu tellement d'autres femmes : quelques rares partenaires d'un soir et Jenny, qui fut mon amie jusqu'à fin août, depuis presque un an. Mais avec elle, c'était autre chose : je dirai une amitié amoureuse, quelque chose de différent de ce que j'ai vécu avec Célia et que je sens revivre avec toi.“

"Bien sûr, je vais te parler de Célia, mais ce sera une longue histoire! Et si je te parle de Célia, je dois aussi te parler de Renaud, car en fait dans cette belle aventure, nous avons été longtemps, trois amoureux inséparables.

 

 

 

Célia Michaud est entrée un matin d'octobre dans ma classe, c'était le 9 octobre 1994, jour de mon anniversaire, le jour même de mes dix-huit ans. Ce fut pour moi, comme un soleil d'été qui soudain m'illuminait, me réchauffait, me brûlait même, en ce jour d'automne un peu lugubre. À la fin de la matinée, nous nous sommes vues, et reconnues, pour la vie, pensions-nous alors. Pour sa vie, en fait. Car elle n'est plus.

Je l'ai abordée après les cours : "bonjour, je suis Lola Machado, aujourd'hui est un jour très particulier ; tu arrives, comme un beau soleil, le jour même de mes dix-huit ans."

L'amour entre nous est né à l'instant même de notre rencontre, mais ce n'est que quelques semaines plus tard que nous l'avons vraiment compris. Elle avait six mois de moins que moi, mais c'était la première fois qu'elle tombait en amour. Moi, c'était la première fois que je me sentais amoureuse d'une fille, mais, bien qu'il soit resté jusque-là platonique, enfin presque, j'étais aussi certaine d'en pincer pour Renaud Laffitte, un homme de trente ans, marié, professeur de lettres à l'université de Poitiers, et que j'avais rencontré l'été précédent, sur la plage de Saint-Palais, près de Royan.

Je m'étais liée aussi, et même d'abord, avec Odile, sa femme, professeur également, mais d'une santé fragile qui la tenait souvent éloignée de la plage, de sorte que nous avons souvent fait des promenades à deux le long de la côte, Renaud et moi. C'était—c'est toujours d'ailleurs— un bel homme, et il me plaisait. Je voyais bien que je ne lui été pas indifférente : souvent il me regardais, presque nue— en très simple bikini— à ses côtés, avec une concupiscence qu'il s'efforçait de cacher.

Un jour, pendant une promenade, je lui ai pris la main qu'il ne m'a pas retirée tout de suite. Je lui ai dit que je l'aimais, et il a paru inquiet : "Voyons Lola, moi aussi je t'aime bien, mais j'ai Odile que j'aime davantage. Et tu es très jeune." "Bien sûr je suis jeune, mais ce n'est pas interdit d'aimer à presque 18 ans. Et je vois bien que je t'intéresse plus que tu ne veux me l'avouer."

Je me suis serrée contre lui, et je l'ai embrassé sur la bouche. Il ne s'est pas écarté, et j'ai senti contre moi son sexe durcir. C'était pour moi vraiment une première. Je l'ai entraîné entre deux rochers, et nous avons passé là un bon moment avant que la mer arrive à nous rejoindre, et ainsi, à nous chasser : il avait défait le haut de mon bikini, caressé et baisé mes seins.

Jusque-là, j'étais la seule à m'être caressée. Je découvrais un nouveau plaisir. Celui d'une main—sa main— sur mon corps. Un main qui s'est même insinuée sous mon slip, mais sans s'attarder, hélas!, sur mon fruit. Moi aussi, j'ai pris son sexe entre mes mains, avec hésitation et, en même temps, avec émotion. Grande découverte là encore !

Nous sommes revenus plusieurs fois en ce lieu avant notre départ, mais sans que jamais notre désir commun fut alors consommé...

Une fois rentrés de vacances, nous correspondions en secret par mail, mais si, de mon côté, je ne me gênais pas pour lui écrire des messages d'amour en insistant sans vergogne sur mes désirs insatisfaits, lui se tenait sur une extrême réserve et se limitait, ce qui me faisait enrager, simplement à une tendre amitié.

Mon coup de foudre pour Célia, me déstabilisa jusqu'à ce qu'elle-même me dise qu'il était, selon elle, tout à fait possible d'aimer deux personnes en même temps, surtout s'ils étaient de sexes différents.

J'ai donc repris ma correspondance avec Renaud, en lui renouvelant mon amour et mon désir pour lui. En même temps, je lui parlais de Célia, de notre amour, en lui faisant part en détail de nos caresses,de sa beauté de blonde, de ses seins coniques et plein de sève, de sa fente mouillée de son miel, et bien d'autres polissonneries encore, sans doute pour l'exalter aussi envers moi.

Je me rends compte aujourd'hui, en t'en parlant, que ce n'était sans doute pas très honnête de ma part d'agir ainsi, aussi bien à l'égard de Renaud que vis à vis de Célia. Mais je n'ai pas de raison de vouloir te faire croire que je suis sans reproches à me faire!

 

Célia arrivait de New-York où son père, diplomate, avait été en poste, à l'ONU, pour le gouvernement français, pendant dix ans. Il avait maintenant un poste d'ambassadeur à Prague, et il avait jugé meilleur que Célia fasse sa terminale en France, pour se préparer à l'enseignement dans le pays où elle allait faire ses études supérieures. Et pourquoi à Bordeaux? Tout simplement parce que sa tante, une sœur de sa mère ( morte quelques années plus tôt), vivaient dans la ville où j'étais moi-même chez mes grands-parents maternels.

 

 

 

Nous avons échangé nos premiers baisers et caresses, à la rentrée de janvier, un après-midi où nous nous sommes trouvées seules chez elle. D'abord très maladroitement, mais nous avons pris plaisir dès ce jour-là, à nous dévêtir et à nous découvrir nues.

Caty, à ce point de mon récit, remarqua :

"Tu te réjouis du hasard qui nous a réunis, mais avec Célia, et aussi avec Renaud, n'était-ce pas déjà un coup du hasard ?
—Bien sûr, Caty ! Toujours le hasard, ou, si tu préfères, si tu crois à la prédestination, la force du destin, ce fabuleux destin !"

"Lola" reprend Caty "parle-moi encore de Célia. De vous deux ; et de Renaud aussi. Je suis impatiente.
—Je te dirai tout, mais sois patiente, au contraire, car elle est longue notre histoire."

Célia était superbe. C'est de sa mère, peut-être, une Italienne que son père a rencontrée à Rome, à l'un de ses premiers postes de diplomate, qu'elle devait sa superbe chevelure d'un blond cuivré de toute beauté—ce roux appelé “blond vénitien“ et que l'on voit bien sur ce fameux tableau de Botticelli intitulé, “la naissance de Vénus “.

Le soleil de sa chevelure qui m'a éblouie d'abord, et illuminée ensuite, pendant toute sa courte vie. Sa peau claire, parsemée de petites taches de rousseur, ses seins en cônes, très fermes, pointés vers moi, ses longues jambes fines dont les cuisses venaient se réunir aux bords de sa touffe abondante et, elle aussi, joliment cuivrée ; tout en elle me séduisait, m'émouvait, toujours. Comme un éternel renouveau.

Nous étions bien appariées, de taille comparable, l'une blonde, l'autre brune, nous mettant en valeur par contraste. Nous attirions les regards, des hommes, bien sûr, mais des femmes aussi, qui curieusement décelaient vite en nous un couple d'amantes, et parfois voulaient s'imposer.

Pendant cette année de terminale, nous avons appris à travailler ensemble, nous complétant, en somme, ce qui donnait un résultat surprenant d'efficacité : nous avons obtenu notre bac brillamment, malgré le temps que nous avons passé à nous aimer. Intéressées toutes les deux par l'histoire de l'art et des civilisations, ainsi que par l'archéologie, nous avions passé, avec succès, au printemps, le test probatoire à l'entrée de l'École du Louvre.

Le jour de ses dix-huit ans, le 1er avril, j'avais présenté Célia à mes grands-parents, en leur disant : "voilà Célia Michaud, dont je vous ai parlé, nous nous aimons, nous voulons vivre ensemble. Est-ce que vous acceptez qu'elle s'installe chez vous, avec moi, dans ma chambre ?"

C'était un peu brutal, penses-tu ? Oui, peut-être, direct en en tout cas ! Mais j'avais déjà parlé de Célia, ils avaient sûrement commencé à comprendre. Et puis, mes grands-parents étaient très ouverts, modernes, et ils ne pouvaient rien refuser à leur unique petite-fille, enfant de leur fille unique, disparue tragiquement depuis déjà dix années.

Ils se sont regardés un instant, juste un coup d'œil, et mon grand-père a dit : "laisse-nous quelques jours, ma chérie, laisse-nous au moins le temps de faire connaissance avec Célia, non ?"

Je savais que c'était gagné. Ils se sont montrés très gentils, tout de suite avec elle, et bientôt elle fut adoptée. Du côté de la tante et du père de Célia, ce fut un peu plus difficile, mai bien vite tout rentra dans l'ordre.

L'été qui suivit, nous le passâmes moitié à Prague, chez son père, moitié à Saint-Palais, où mes grands-parents avaient une maison. Renaud et Odile ne vinrent pas cette année. Renaud avait décidé de ne pas se rapprocher de moi. Et même de me tenir éloignée. Il ne répondait plus à mes messages. J'étais à peine déçue car Célia et moi, très amoureuses l'une de l'autre, nous goûtions avec de grands plaisirs notre union, désormais au grand jour.

Nous avons fait la connaissance, sur la plage de Saint-Palais, d'Armelle et de Sébastien, un couple de dix ans plus âgé que nous et du genre libertin, qui cherchait des partenaires pour parties érotiques. Nous nous sommes laissées tenter à plusieurs reprises. Nous n'avons pas du tout apprécié de faire l'amour avec Armelle, ni avec Christine, une autre de leur copines. En dehors de notre propre relation fondée sur notre amour, le libertinage lesbien n'était pas notre “truc“ !

À l'inverse, avec Sébastien, nous avons connu nos premières relations hétérosexuelles. Sans en retirer une satisfaction à la hauteur ni de notre curiosité ni du désir que le garçon avait su faire émerger en nous, mais sans dégoût non plus. Simplement, nous en avons retiré l'envie et la nécessité de faire des expériences plus concluantes.

Peut-être que cela te choque, Caty chérie, mais nous n'étions pas des anges, et si les filles, à de très rares exceptions près, ne nous ont pas intéressées, nous avons eu, parfois, et notamment pendant notre première année à Paris, une véritable fringale de sexe masculin, que nous avons toujours assouvie ensemble. Nous ne nous sommes “assagies“ que pendant la deuxième année, et surtout lorsque j'ai pu, toujours accompagnée de Celia, reprendre contact avec Renaud. 

 


 

Peut-être que cela te choque, Caty chérie, mais nous n'étions pas des anges, et si les filles, à de très rares exceptions près, ne nous ont pas intéressées, nous avons eu, parfois, et notamment pendant notre première année à Paris, une véritable fringale de sexe masculin, que nous avons toujours assouvie ensemble.

Nous ne nous sommes “assagies“ que pendant la deuxième année, et surtout lorsque j'ai pu, toujours accompagnée de Celia, reprendre contact avec Renaud à partir de notre troisième année au Louvre. Nous avions alors 21 ans.

"Pourquoi penses-tu que je pourrais être choquée ? J'ai à peine plus de vingt ans, tu es mon premier amour, je n'ai pas connu d'autres femmes, avant toi, et les rares garçons avec qui je suis sortie ne m'ont pas fait une impression inoubliable. Je ne peux pas te dire que j'ai maintenant envie de connaître le grand frisson avec les hommes.

Peut-être que c'est avec toi que cette “fringale“, comme tu dis, me viendra. Tu fais bien aussi l'amour avec des hommes, toi. Avec ce Martin dont tu m'as parlé avec une certaine admiration, par exemple.
—Tu fais erreur, Caty, je n'ai pas d'admiration pour Martin. Je t ‘ai dit seulement qu'il baisait bien, et que j'appréciais les hommes qui ont cette qualité, car tout le plaisir que j'ai eu avec Célia, avec Jenny et maintenant avec toi, ne remplace pas celui que m'apporte la pénétration d'un sexe d'homme : contrairement à beaucoup de femmes, je ne prends pas mon pied avec des“ sex-toys “, aussi perfectionnés soient-ils. Bon, mais je continue."

Comme je te l'ai dit, à Paris, nous avons en quelque sorte “pété les plombs“. Nous étions bien entre nous ; notre amour, loin de s'attiédir, se renforçait, et nos études, à l'École du Louvre, nous passionnaient. Mais notre sensualité, peut-être dévergondée, nous incitait à faire avec intensité, connaissance de ce que pouvait être la baise avec des hommes. Des vrais ! Et nous avons dragué, sans honte, avec acharnement même, non pas parce que nous n'avions pas de succès, au contraire. Imagine le succès que pouvaient rencontrer deux nénettes de 19 ans, pas mal du tout, auprès de la gent masculine de tous âges ! Non, c'était hyper facile, même ! Le problème, c'était de choisir ! Ça, quand on n'a pas d'expérience, c'est hyper difficile ! Alors nous avons beaucoup couché, beaucoup trop. Nous avons baisé dans une sorte de frénésie qui aujourd'hui me fait honte.

Nous partagions toujours nos partenaires : pas question que l'un ou l'autre choisisse Célia plutôt que moi ; ou l'inverse. Nous étions solidaires : c'était l'une et l'autre, ou aucune. C'était, pour nous, je crois, un façon d'affirmer notre amour, et de le protéger. C'était puéril, bien sûr, mais nous étions des gamines. Jamais nous n'avons fait l'analyse de notre comportement.

Inutile que j'entre dans les détails, car c'est à la limite de l'indicible ; en effet, il n'y a jamais eu le moindre sentiment dans cette attitude : seulement du sexe. Ceux avec qui nous baisions plus d'un soir, car leurs performances nous avaient convaincues, nous traitaient au mieux de cinglées, au pire de gouines nymphomanes.

Au cours de notre deuxième année à Paris, sans cesser vraiment de rencontrer des hommes et de baiser avec eux, nous avons considérablement ralenti cette activité. Nous avions des relations plus longues, toujours à trois, toujours sans sentiment pouvant s'apparenter à l'amour, mais en cultivant des rapports impliquant une plus grande considération, voire une réelle affection, ou, du moins, un plaisir autre que sensuel à être ensemble. J'ai encore conservé de cette époque quelques véritables amis.

Nous vivions de l'allocation mensuelle que recevait Célia de son père et d'une bourse à taux maximum que j'ai obtenue, car mes grands-parents ne pouvaient pas m'aider de façon très importante. Malgré tout, même en vivant au plus juste dans une chambre de bonne, c'était difficile sans recettes complémentaires.

Nous avons d'abord fait comme beaucoup d'étudiants : divers travaux au noir, généralement sous-payés, jusqu'à ce que deux pistes plus lucratives s'offrent à nous.

La première, pas trop rémunératrice, mais peu fatigante : modèles dans des cours de dessin, peinture et arts plastiques. Nous acceptions de poser nues et parfois en couple, dans des positions plus ou moins lascives. Note bien que nous étions un peu vicieuses malgré toute notre naïveté, car nous nous amusions des pulsions que notre nudité déclenchait chez les élèves de ces cours, sans parler de peintres plus “installés“ qui ne dédaignaient pas de se rincer l'œil aussi.

Le deuxième emploi, plus intéressant financièrement, mais peu satisfaisant au plan éthique a consisté à fonctionner comme figurantes, voire un peu plus, dans des films X ou des vidéo publicitaires. Nous avons évidemment dû offrir nos académies—ce qui, à cette époque, ne nous posa pas le moindre problème— mais, en terme d'action, nous ne sommes jamais allées plus loin que le “lesbian kissing“, anodin, somme toute, mais qui peut être aussi, comme tu ne le sais peut-être pas, extrêmement érotique pour de simples voyeurs, s'il est accompli avec sensualité.

Enfin, tu le vois, nous n'avons pas été très sages. Il m'arrive de rencontrer, dans l'exercice de mon métier, des personnes pour qui nous avons posé nues, et qui possèdent encore des dessins ou des aquarelles de Célia et de moi dans des exhibitions parfois audacieuses, bien au delà de la limite de la décence. Dans ce cas, même en lançant de manière désinvolte, "que voulez-vous, il nous fallait bien vivre !", j'ai du mal à ne pas me sentir gênée...

D'une certaine manière, il est heureux que j'ai pu renouer avec Renaud après la mort d'Odile, et, du coup, Célia aussi a pu le connaître. C'est grâce à lui que nous avons enfin accédé à une sensualité un peu mieux maîtrisée.

 

 

Enfin, tu le vois, nous n'avons pas été très sages. Il m'arrive de rencontrer, dans l'exercice de mon métier, des personnes pour qui nous avons posé nues, et qui possèdent encore des dessins ou des aquarelles de Célia et de moi dans des exhibitions parfois audacieuses, bien au-delà de la limite de la décence. Dans ce cas, même en lançant de manière désinvolte, "que voulez-vous, il nous fallait bien vivre !", j'ai du mal à ne pas me sentir gênée...

Je t'ai dit que nous éprouvions comme une jouissance à donner envie de nous en posant ainsi devant ces jeunes gens qui tentaient de faire de nous une œuvre d'art, mais il y a pire, en quelque sorte : nous aimions nous exposer, être scrutées dans nos moindres recoins parfois. Célia et moi nous en parlions souvent en nous demandant s'il était normal de ressentir une telle jubilation. Ne crois-tu pas que ce voyeurisme à rebours, cet exhibitionnisme, est une forme plutôt rare de perversité ?

"Lola, ma chérie, je suis si jeune et je te connais à peine, comment veux-tu que je sache ce qui est pervers ou pas ? Je ne me suis jamais exposée nue en public, mais je sais que j'aime être admirée lorsque je suis peu vêtue, en été, ou sur une plage, les seins nus, et j'adore déjà te voir me dévorer des yeux quand je suis dévêtue, sans avoir l'impression de devenir perverse.
— Bon, alors ça va, tu me rassures. Mais n'est-il pas heureux tout de même que Renaud soit revenu dans ma vie après la mort d'Odile ? Célia, a ainsi pu le connaître et l'apprécier ? En tout cas, c'est, je crois bien, grâce à la relation amoureuse que nous avons eue toutes les deux avec lui qu'enfin nous avons accédé à une sensualité mieux maîtrisée."

Ça c'est passé à l'automne 1997. Célia et moi, nous avions alors 20 et 21 ans, et nous étions au début de notre troisième année d'École ; dans le cadre d'une des spécialités que nous avions choisie, en archéologie, un mémoire à faire sur des aspects de la civilisation étrusque, et nous avions profité d'une semaine de vacances à la Toussaint pour nous rendre en Italie, sur quelques sites de l'ancienne Étrurie, puis à Rome. C'est à la Villa Giulia, musée dédié à la civilisation étrusque, auprès du “Sarcophage des époux“, que nous avons rencontré Renaud Laffitte.

Absorbé dans la contemplation de ce chef d'œuvre en terre cuite peinte provenant des fouilles du site de Cerveteri, il ne nous avait pas encore aperçues lorsque je me décidai à lui toucher le coude. En me reconnaissant, il fut à la fois surpris et content. "Lola, quelle bonne surprise" fit-il en me serrant dans ses bras, "et voici, je suppose, Célia, non ?" en lui tendant la main avec un bon sourire. "Qu'est-ce qui me vaut le plaisir de cette rencontre inattendue ?
—Quelques jours de vacances et un travail à préparer sur les civilisations étrusques" lui ai-je répondu.

Nous avons bavardé un moment, autour de notre sujet de mémoire, puis, Renaud qui arrivait de Florence et ne faisait qu'un court passage à Rome avant de rentrer en France, visiblement impressionné par Célia, remarqua : "Lola, qui vous a présentée comme la plus belle fille de la création, n'a pas menti ; vous me faites penser à la Venus de Botticelli, que j'ai revue, il y a deux ou trois jours. Seriez-vous Italienne ? Célia n'est-il pas un prénom dérivé de Cecilia ?
—C'est ma mère qui était Italienne. Oui, je pense qu'elle a francisé Célia, à partir de Cecilia.
— Parlez-vous italien ?
— Je connais la chanson, car ma mère m'a toujours parlé italien, mais, depuis que je l'ai perdue, je n'ai pas beaucoup pratiqué. Aussi, j'ai un bon accent, mais mes connaissances sont très basiques. Avec Lola, nous avons décidé de nous y mettre afin de maîtriser une langue presque indispensable dans les métiers de l'art."

Nous étions en fin de journée, et Renaud nous invita à dîner avec lui. C'est alors que je lui demandai si Odile allait nous rejoindre. J'ai vu son visage s'assombrir, se durcir, et il dit : "Comment, tu n'es pas au courant ? Tu n'as rien su ? J'aurai dû te l'écrire, bien sûr, mais je me suis contenté d'un faire-part dans quelques quotidiens. Oui, elle est morte, Odile. Il y aura bientôt un an. D'un accident vasculaire cérébral. Tu sais comme elle était fragile à cause de cette hypertension qu'elle avait de naissance et qui a été la cause d'une hémorragie soudaine et massive contre laquelle on n'a rien pu faire."

Je n'ai trouvé à dire qu'un convenu "je suis désolée" avant d'ajouter "tu penses bien que je t'aurais écrit et même que je me serais déplacée, si je l'avais su !
— Oui, c'est vrai, je t'en prie, ne m'en veux pas. Bien que nous sachions tous les deux que ça pouvait se produire, c'est arrivé si brusquement que j'en ai été déboussolé.
— A-t-elle souffert ?
— Non, je ne crois pas, elle n'a rien vu venir. À moins que l'on souffre lorsqu'on tombe dans le coma..."

 

Lorsque nous nous sommes retrouvés deux heures plus tard au restaurant qu'il nous avait indiqué, il avait repris son air avenant et détendu, et la soirée, autour d'un repas typiquement italien, et d'une bouteille d'un excellent amarone, tourna autour de nos études, de nos projets et des siens. Il était toujours à Poitiers mais il postulait pour une mutation à ParisVII, pour la rentrée prochaine, avec des chances, a-t-il précisé, de voir sa candidature retenue.

Nous avons décidé de nous revoir, et il devrait nous avertir de son prochain déplacement à Paris.

Le soir, au lit, après l'amour, Célia m'a dit qu'elle trouvait Renaud séduisant, et qu'elle comprenait maintenant pourquoi "j'en avais été si amoureuse." j'ai réfléchi à cette remarque, en pensant que la mort de sa femme, aussi inattendue et triste qu'elle devait me paraître, risquait de remettre en cause pour lui, bien des a priori. Et je rétorquai : "mais Célia, je le suis toujours."

 

 

Nous avons décidé de nous revoir, et il devrait nous avertir de son prochain déplacement à Paris.

Le soir, au lit, après l'amour, Célia m'a dit qu'elle trouvait Renaud séduisant, et qu'elle comprenait maintenant pourquoi "j'en avais été si amoureuse." J'ai réfléchi à sa remarque, en pensant que la mort de sa femme, aussi inattendue et triste qu'elle fut, risquait de remettre en cause pour lui, bien des a priori. Et je rétorquai : "mais Célia, je le suis toujours."

"Comment" me demanda Caty "comment Célia a-t-elle réagi?
— Assez mal, vois-tu! Elle m'a demandé si, à mon avis, il y avait encore une place pour elle dans mon coeur. Elle m'a fait une grosse crise de jalousie, en fait.
— Mais, elle t'avait bien dit qu'avoir un autre amour en même temps qu'elle, surtout si c'était un homme, était concevable?
— Oui, elle me l'a dit, mais, trois ans avaient passé depuis, nous étions un “vieux“ couple, très uni, très amoureux, chacune de nous deux très attachée à l'autre. Nos relations avec des hommes avaient toujours été conduites à deux, et, comme tu le sais, toujours de nature sensuelle et érotique, mais pas sentimentale.
— Et d'après toi, elle craignait qu'avec Renaud il s'agisse d'autre chose ?
— En effet."

 

J'envoyai en rentrant un mail à Renaud. Il a été à l'origine d'une telle crise entre Célia et moi que je m'en souviens mot pour mot : "Je suis encore sous le choc, et je me rends bien compte que je n'ai pas été capable de te dire combien la disparition d'Odile m'étais insupportable à imaginer. Souviens-toi, cependant, que j'ai pour toi les plus tendres pensées. Ce n'est pas parce que, à ta demande, je me suis tenue éloignée, que j'ai cessé d'espérer connaître un jour la douceur de tes caresses."

"Vraiment, ma chérie, tu as fait cela ?
— Oui, Caty, oui, cette fois je te choque vraiment, non ?
— Je suis triste de te le dire ! Mais oui, je trouve que ce n'est pas très délicat de ta part.
— Je ne t'en veux pas, je me suis fait cette réflexion une fois mon message parti.
— Et qu'a-t-il répondu ?
— D'abord, rien. Puis, quelques semaines plus tard, à la mi-décembre, je crois, il m'a envoyé quelques lignes qui disaient, à peu près quelque chose comme : “Chère Lola, j'ai apprécié ton petit message, qui m'a fait chaud au cœur. Je me suis dit que je n'étais pas aussi seul que j'en avais l'impression. Finalement, je n'ai pas eu à aller à Paris, et je pense que je n'irai pas avant Noël. Si vous allez, toi et Célia, à Bordeaux pour les vacances, arrêtez-vous à Poitiers, j'aurai plaisir à vous voir. Je pourrais d'ailleurs vous loger si vous décidiez de rester un jour ou deux“.
— Que s'est-il passé ?
— Eh bien, c'est la suite de notre histoire."


J'ai parlé de ce projet avec Célia. Nous n'avions pas reparlé de Renaud depuis notre retour, et tout semblait aller entre nous comme avant. Je me trompais, et de beaucoup. Quand elle eut lu le message de Renaud, elle a voulu voir celui que j'avais envoyé moi-même. Je lui ai fait lire. Elle est devenue furieuse et m'a dit que ce que j'avais fait là était indigne de moi, que je m'étais offerte à Renaud sans le lui dire et donc, que je lui avais fait une infidélité.

"Est-ce que tu réagirais de cette façon, toi, Caty ?
— Lola, je ne sais pas, j'espère que si la question se posait, si tu avais le désir de coucher avec un homme, tu m'en avertirais, non ?
— Mais, elle le savait, puisque je lui avais dit que j'étais toujours amoureuse de lui !
— Sans doute, cependant elle ne savait pas que tu lui avais écrit ce message, qui me choque pour deux raisons : d'abord parce que, comme t'a si bien dit Célia, tu t'offres à Renaud sans en faire part à ton amie, et ensuite, et pour moi c'est encore plus grave, tu t'offres à quelqu'un qui vient juste de t'annoncer la mort de sa femme. Or, tu savais qu'il aimait sa femme puisqu'il t'avait repoussée alors que tu lui inspirais un grand désir.
— Oh, mais tu es bien sévère ! Plus que lui, d'ailleurs. Est-ce que tu vas encore m'aimer si je te raconte la suite ?
— Oui, Lola, je suis jeune et je crois à notre avenir."


Célia m'a quittée, elle est partie passer toutes les vacances avec son père, toujours à Prague. Et moi, en allant à Bordeaux, je me suis arrêtée à Poitiers. J'ai compris tout de suite que Renaud était déçu que je ne sois pas venue avec Célia. Mais ce n'est que bien plus tard que j'ai compris pourquoi.

Il m'a installée dans la chambre qu'il avait préparée pour Célia et moi. Dans la nuit, je me suis levée pour le rejoindre. Je me suis glissée dans son lit. Il ne m'a pas repoussée. Loin de là ! Après Noël, je suis revenue, et nous avons passé le nouvel an ensemble.

C'est ainsi que nous sommes devenus amants. Malgré tout le plaisir que nous nous sommes donnés, j'ai senti que l'absence de Célia lui pesait.

 

 

J'ai raconté à Caty la suite de notre histoire.

Comme je constate que je n'ai pas réussi à vous passionner, je me limiterai à vous en donner maintenant la fin (me réservant de publier ailleurs la totalité du récit).

Après une longue période de crise entre Célia et moi, nous nous sommes réconciliées en vivant ensemble avec Renaud. Ce petit arrangement ente amantes, nous l'avons vécu dans une profonde paix intérieure. J'ai ressenti moi-même cette période, d'une certaine manière aveuglément, comme celle du bonheur absolu, comme des années de bonheur fou. Jusqu'à ce que la maladie fatale—qui chez elle ne fut pas “longue“—fondit sur Célia et l'emporta en quelques mois.

Nous restâmes seuls, Renaud et moi, anéantis.

Comme pour conjurer le sort, nous nous sommes mariés, avec l'intention de fonder une famille. Très vite cependant, nous nous sommes aperçus que notre couple était bancal.

La vérité un jour m'est apparue clairement : si depuis mes premières rencontres avec Renaud, sur la plage de Saint-Palais de mes dix-huit ans, je devins, pour toujours, amoureuse de lui, lui-même n'a jamais eu pour moi qu'une grande affection associée à un ardent, mais maîtrisé, attrait sexsuel.

C'est Célia qui, amoureuse et de moi et de Renaud, assurait la cohésion de notre trio.

Renaud, pour sa part, était devenu vraiment amoureux de Célia, dès qu'il la vit à la Villa Giulia, et après sa mort, malgré tous les efforts que nous avons consentis pour maintenir notre couple, celui-ci s'est défait, peu à peu, mais inexorablement.

Nous nous sommes séparés et j'ai erré pendant trois ans, de rencontres éphémères en liaisons un peu plus durables, jusqu'à ce que le hasard, ou le destin, nous place, Caty et moi, sur le même chemin.

 


FIN

 

Par MORE - Publié dans : Lola
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